Les sentiers de l'utopie - Film (2011)
Les sentiers de l'utopie - Film (2011)

Film de Isabelle Fremeaux et John Jordan (II) 10 février 2011

A la fois récit de voyage et documentaire fictionnel, ce livre-film propose un périple réel et imaginaire, une exploration lancée à la découverte de formes de vie postcapitalistes.
Pendant près d'un an, Isabelle Fremeaux et John Jordan sont partis sur les routes européennes, à la rencontre de celles et ceux qui ont choisi, ici et maintenant, de vivre autrement. Ils ont partagé d'autres manières d'aimer et de manger, de produire et d'échanger, de décider des choses ensemble et de se rebeller.

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Film Les sentiers de l'utopie torrent



Ceci est une critique du livre (www.senscritique.com/livre/Les_sentiers_de_l_utopie/8457753), que je recommande infiniment plus que ce "film".

Sillonner les routes d'Europe pendant sept mois, à la rencontre d'une dizaine d'utopies vécues au quotidien comme une alternative au capitalisme : c'est le pari fou que se sont donné en 2007 Isabelle Fremeaux et John Jordan, deux globe-trotters activistes partagés entre anarchisme et écologisme. Isa est maître de conférences en Media & Cultural Studies au Birkbeck College-University de Londres. John est un artiste activiste, cofondateur du CIRCA (Clandestine Insurgent Rebel Clown Army), un groupe de clowns activistes ayant essaimé dans toute l’Europe. À bord d'un camion, de Londres à Copenhague en passant par l'Espagne, la France, la Serbie et l'Allemagne, leur objectif était de « rendre visibles ces utopies proches de nous, sans avoir cette tendance à décontextualiser des expériences lointaines », et « raconter des expériences avec leurs imperfections - des collectifs et des êtres humains faillibles. » Lassés de leur quotidien londonien urbain et stressé, de leur consommation compulsive de l’information made in Internet, ils sont partis à l'aventure et sont revenus métamorphosés, ce livre-film en guise de témoignage. Un récit de voyage fascinant pour découvrir quelques unes de ces « utopies réalisées ». « Il n’est pas question d’atteindre l’autosuffisance pour vivre détaché du monde, mais de choisir ses propres réseaux d’interdépendance afin d’être autant que possible maître de ses choix et de sa vie. »

Ci-dessous, un aperçu de ces lieux de vie alternatifs à picorer selon l'humeur.

Camp Climat Un écovillage temporaire et désobéissant, près de l'aéroport d'Heathrow en Angleterre. Durant quelques semaines de 2007, un camp fut monté en un éclair — la description de l'investissement des lieux est à mourir de rire — au nez et à la barbe des autorités locales, avec une organisation modèle : tout le monde participe à la fois au bon fonctionnement du camp et aux différentes réflexions qui jettent les bases d'un monde (plus) respectueux de l'environnement. Plus d'informations sur tous les « Camp Climat » (in english) sur http://www.climatecamp.org.uk.

Landmatters Une communauté soucieuse de limiter son empreinte écologique, toujours en Angleterre. Un maître mot : harmonie ; harmonie avec la nature et harmonie avec ses semblables. Ils sont à l'origine du concept de « permaculture » (contraction de permanent et agriculture), un système coopératif basé sur une agriculture respectueuse de la biodiversité garantissant eau, nourriture, abri, énergie, transport et gestion des déchets pour l'ensemble de la communauté. Ils gèrent aujourd'hui un terrain de 17 hectares de manière autonome. Envie d'en savoir plus (encore in english) ? Allez sur http://www.landmatters.org.uk.

Paideia Une école anarchiste qui fonctionne depuis le 9 janvier 1978 à Merida, dans le Sud-Ouest de l’Espagne. Un lieu unique où des enfants de 18 mois participent à des assemblées générales pour régler les problèmes de groupe. Leurs valeurs : « Égalité, justice, solidarité, liberté, non-violence, culture, et bonheur. » Loin, très loin des poncifs en matière d’éducation : « Quand on passe six heures par jour pendant douze ans dans un endroit où l’on n’a quasiment pas son mot à dire sur quoi que ce soit, où être dirigé est la seule chose que l’on connaisse, une forte passivité devient la norme. » Un jour, les élèves se soulevèrent et exclurent les adultes avant de faire machine arrière une semaine plus tard : « Diriger l’école sans les adultes, c’était trop de travail. » Le secret de la réussite de l’école ? Un partenariat savamment dosé entre adultes et enfants, chacun bénéficiant de droits similaires, sans hiérarchie. Selon moi, la plus belle et la plus intéressante de toutes les rencontres. Celle qui nous met face à la rigidité de notre système de pensée et nous oblige à penser au-delà de ce carcan institutionnel.

Marinaleda Un village espagnol de 3 000 âmes où furent récupérés, après maintes grèves et occupations, quelques 1 200 hectares de terres (parmi 17 000) qui appartenaient au duc d’Infantado. Une sorte de municipalisme libertaire cher à Murray Bookchin (1) : les maisons sont construites collectivement, et il n’en coûte que 15 euros par mois pour devenir propriétaire dans ce paradis immobilier géré par le CUT, le Colectivo de Unidad de los Trabajadores. On sent toutefois une certaine amertume chez les John et Isa, encore envoutés par la magie de Paideia et pas totalement convaincus par cet endroit qu'ils ont visité par hasard au cours de leur périple. Pour un autre regard sur ce village : « Marinaleda, une utopie vers la paix », un reportage de Daniel Mermet et Antoine Chao dans Là-bas si j'y suis, accessible sur http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2200. Et le site officiel : http://www.marinaleda.com.

Can Masdeu Un immense squat où de vastes jardins communautaires jouxtent d'imposants bâtiments, en pleine campagne mais à seulement 20 minutes de Barcelone. Ils sont à l'origine d'un concept de désobéissance civile assez singulier : l’approche Yomango (« yo mango » signifie « je vole » en argot espagnol) du vol à l’étalage, en référence à la célèbre marque de vêtement. La vie collective est exemplaire, avec pour seule règle celle de participer à l’entretien du squat et des jardins deux jours par semaine, et de cuisiner un repas collectif hebdomadaire. Une solidarité paisible qui contraste avec les débuts de Camp Masdeu et le combat contre les forces de police qu'il a nécessité : un siège quasi-médiéval de trois jours dont l'issue positive ne tint qu'à la ténacité des occupants et au soutien du voisinage. Le site Internet du squat (en español) : http://www.canmasdeu.net.

La Vieille Valette Un hameau français géré par des punks qui y organisent régulièrement des concerts réputés. À l'entrée du village, on peut admirer un panneau peint à la main, cloué sur un tronc : « La Vieille Valette : Commune Libre ». Un lieu beaucoup moins chaleureux que les précédents (« c'est pas le village des Schtroumpfs »), en apparence seulement : les occupants se revendiquent « articulteurs », à mi-chemin entre artistes et agricultureurs. Au final, un véritable bastion anarco-punk, loin du syndrome Ikea qui caractérise notre société, assez espiègle pour rebaptiser le poulailler « Commissariat », et adepte du « DIY » : Do It Yourself. Une communauté qui étonne encore aujourd'hui les badauds à l'entour, qui ont parfois du mal à comprendre comment elle s'est construite ; certains pensent même qu'ils ont des appuis haut placés ou qu'il s'agit d'une secte... Allez donc faire un tour sur http://collectif.valette.free.fr !

Cravirola Une ferme autogérée initialement établie dans un petit hameau des Alpes du Sud, et récemment relocalisée dans l'Aude « pour cause de chaussure devenue trop petite », à une trentaine de kilomètres de Caunes-Minervois (le "chez moi" de mon enfance !). Une vingtaine de personnes d’âges et d’origines divers y partagent valeurs et aspirations, travail et revenus pour « expérimenter de façon collective et autogestionnaire une alternative au système établi ». Tout à la fois idéalistes et pragmatiques, ils font vivre un lieu ouvert, Le Maquis, dont la polyvalence reflète et concrétise leurs convictions. L'activité agricole est la base de leur économie : ils produisent, consomment et fournissent par vente directe sur place ou sur les marchés des produits de qualité tels que fromage, viande, pain et bois. Comme beaucoup d'autres « utopies réalisées », Cravirola propose des formes d’accueil originales où les hôtes sont impliqués dans la gestion et l’animation du site. Jetez un coup d’œil à ce maquis : http://www.cravirola.com.

Longo Maï Une communauté de « longos » née en 1973 sous la forme d'une société de coopérative ouvrière de production (SCOP) à Forcalquier (Alpes de Haute-Provence), mêlant agriculture paisible et activisme radiophonique. « Longo Maï » signifie « longtemps encore » en occitan : depuis la libération des ondes FM du 9 novembre 1981 sous Mitterrand et la fin des radios dites pirates, ils animent Radio-Zinzine, une antenne qui émet 24 heures sur 24, la moitié du temps en direct, sans une once de publicité. Tous les habitants du villages sont impliqués plus ou moins directement dans la gestion et l'animation de la radio, selon les connaissances, les passions, la culture et les envies de chacun, avec musique, cinéma, émissions spéciales, informations... Les longos ont essaimé dans toute l'Europe : à ce jour, il existe 5 coopératives Longo Maï en France, une en Suisse, une en Autriche et une en Ukraine. Ils disposent d'une crédibilité telle que Noam Chomsky les cite en exemple d'une résistance réussie contre le « modèle de propagande » des grands médias (2). L'histoire et le fonctionnement du mouvement sont décrits sur la page non-officielle http://humanismepur.free.fr/communautes/longo_mai.php.

Jugoremedija Des usines de Zrenjanin (Serbie) occupées et autogérées après un combat acharné contre les privatisations à outrance. Cette victoire est le fruit de luttes douloureuses (on déplore quelques morts et d’innombrables blessés parmi les manifestants) étalées sur plusieurs années autour de 2004, à braver le froid polaire et à batailler quotidiennement contre la faim. La valse des actionnaires et les restructurations coordonnées ont poussé à bout ces ouvriers qui décidèrent de prendre le contrôle de leurs propres outils de travail, en exigeant que la totalité des actions de l'entreprise soit détenue par les ouvriers eux-mêmes, et personne d'autre. Aujourd'hui, ils sont complètement autonomes et dirigent — mieux que les anciens « locataires » — une usine pharmaceutique produisant des médicaments à la chaîne, et cherchent d'ailleurs à étendre ce mouvement à d'autres usines, comme celles de Bek et de Šinvoz. En somme, l'illustration parfaite d'une lutte menée à son terme et, surtout, réussie. Un résumé plutôt costaud de cette action, en anglais, sur ce site.

ZEGG Une communauté allemande qui prône l'amour libéré dans une ancienne base de la Stasi, parfois considérée, à tort, comme une secte par ses détracteurs. ZEGG est un acronyme pour « Zentrum für experimentelle Gesellschaftsgestaltung » (centre pour le design culturel expérimental). Leur principale démarche vise à se libérer des traditionnels préjugés que véhicule le sexe (tabou, honte et autres bassesses), conséquence de deux mille ans de discours patriarcaux et religieux profondément ancrés dans la culture commune. À titre d'exemple, ils essaient de penser la libération sexuelle féminine en dehors du carcan habituel qui se résume aujourd'hui à la liberté de porter des talons hauts et d'avoir recours à une chirurgie plastique hors de prix. Ils sont naturellement opposés à la structure de la famille dite « nucléaire », en référence aux travaux d'Emmanuel Todd. Plus généralement, et dans la droite ligne de son membre fondateur Dieter Duhm qui a depuis quitté la communauté, ils s'inspirent de la philosophie anarchiste de Charles Fourier et des théories psychanalytiques de Wilhelm Reich (3) pour s'affranchir de ce qu'ils considèrent comme une pathologie sociétale, responsable selon eux des plus grandes névroses, et dépassant largement les domaines du sexuel et de l'affectif. Leurs réflexions sont aussi intéressantes que dérangeantes, pour les auteurs comme pour les lecteurs, et mettent en branle un débat qui est aux abonnés absents dans notre société. Leur site est en anglais ou en allemand : http://www.zegg.de/communaute-zegg.html.

Christiania Une ville rebelle à la normalisation, issue d'un squat sur une base navale désaffectée de Copenhague et autoproclamée ville libre. Phénomène mondial, cette petite « ville dans la ville », avec ses 900 habitants, est le troisième lieu le plus visité de la capitale. Christiana possède son propre hymne (« vous ne pouvez pas nous tuer », interprété par le groupe de rock Bifrost), son propre drapeau (trois ronds jaunes sur fond rouge), et sa propre monnaie. Il est interdit d'y circuler en voiture : on se gare à l'extérieur. Il est interdit d'y courir : on serait pris pour un voleur. Chaque année, un million de touristes s'y rendent pour déambuler entre les baraquements ornés de fresques psychédéliques et se procurer illégalement du cannabis dans Pusher Street. Malheureusement, en février 2011, quelques années à peine après le passage de John et Isa, Christiania a perdu son statut de ville libre suite à une décision de la Cour suprême du Danemark, laissant le champ libre à une horde de promoteurs immobiliers désireux d'expulser les habitants pour y réaliser de juteux investissements. Et mettant un terme à cette expérience de société vieille de plus de quarante ans, dont vingt-deux d’indépendance reconnue par la loi. Leur site web est en Danois et en Anglais (http://www.christiania.org), mais vous pouvez aussi lire ceci, en Français.

John et Isa ont cherché « des lieux sans empreinte spirituelle, sans hiérarchie, horizontaux ». De nombreux thèmes sont abordés sans concession, en attaquant de front les problèmes de fond, avec un souci du détail toujours ludique : les motivations, les objectifs, les relations sociales, l’argent, les prises de décisions, les contacts avec l’extérieur, etc. On a vraiment l'impression de vivre ces expériences et ces rencontres à leurs côtés, de ressentir comme eux les émotions du moment et de partager leur état d'esprit, dans les moments les plus radieux comme lors des quelques expériences malheureuses qui viennent ponctuer le livre a posteriori (cf. Christiania). Quoi qu'il en soit, on en ressort vivifié, revigoré, les batteries rechargées... mais aussi un peu confus à l'idée de vivre si loin de nos propres utopies.

-- (1) Lire « Pour un municipalisme libertaire », Atelier de création libertaire, 2003. (2) Lire Noam Chomsky et Edward Herman, « La Fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie », Agone, 2008. (3) Wilhelm Reich était un psychiatre, psychanalyste et scientifique autrichien des années 1930 dont les idées radicales rassemblaient celles de Marx et Freud. Il affirmait que les névroses trouvaient leurs racines à la fois dans le moi et dans les structures sociétales, et que la santé mentale et physique dépendait du déblocage de notre énergie sexuelle.

La suite ici : http://www.je-mattarde.com/index.php?post/Les-Sentiers-de-l-Utopie,-par-Isabelle-Fremeaux-et-John-Jordan-(2011)