Le ciné-club de M. Bobine - Émission Web (2008)
Le ciné-club de M. Bobine - Émission Web (2008)

Émission Web de Julien Pavageau Documentaire 5 saisons (en cours) 10 min 1 décembre 2008

Le ciné-club de M. Bobine est un petit programme réalisé en animation sur le cinéma. A chaque épisode, M. Bobine revient sur la conception, la réception et l'héritage d'un film qui a marqué l'histoire du cinéma.

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Ah bon faire une critique ce n’est pas juste donner son avis ? …C’est vrai qu’avec toutes ces vidéos qui pullulent sur Internet et qui – dès qu’il s’agit de parler de cinéma – sont souvent l’œuvre de « bébés Durendal », on pourrait très vite se convaincre effectivement qu’au fond une critique c’est juste se limiter à dire ce qu’on a aimé / pas aimé et that’s it…

Alors attention, loin de moi l’envie de dénigrer ceux qui postent leurs avis sur Youtube. Il y a un public pour cela et ça sait parfois être intéressant. Néanmoins, il me semble quand même important de rappeler que dans les faits, à la base, une critique ça ne se limite pourtant pas qu’à la simple expression d’un avis, aussi modeste ou riche soit-il. Un avis, ce n’est que l’expression d’un sentiment qui nous est propre. Une critique, c'est par contre un exercice formalisé qui consiste à analyser une œuvre ; un exercice qui nomme et questionne les composantes de l’œuvre étudiée. Même si la critique peut-être sommaire et courte, l’analyse est néanmoins le cœur de l’exercice critique. Et si je précise tout cela avant de vous parler de la chaîne de ce charmant « M. Bobine », c’est parce que ce youtubeur est selon moi – de loin – celui qui incarne le mieux ce qu’est un critique de cinéma. Et rien que pour cela, chapeau l’artiste.

Mais alors, qui est donc ce M. Bobine ? Qu’est-ce qui le distingue tant des autres ? Pour moi le visionnage d’une seule de ses vidéos peut suffire à l’exprimer. L’avis et le sentiment y sont clairement secondaires. L’analyse et la compréhension de l’œuvre passent avant toute chose. On est dans la critique dans toute sa splendeur. Il est hors de question d’aborder l’œuvre sans questionner le contexte, l’auteur, les conditions de tournage. Ce qui est dit sur l’œuvre doit systématiquement se reporter à des éléments factuels. Il y a une exigence d’objectivité que je trouve assez admirable. D’autant plus admirable que ce genre de posture pourrait être source de rigidité et de propos pouvant susciter l’opposition du spectateur, alors qu’avec M. Bobine ce n’est jamais le cas. Or, pour moi, la raison m’en parait assez simple : c’est l’exigence et la rigueur.

C’est amusant mais en fait c’est en regardant M. Bobine que j’ai pris conscience de ce qui me dérangeait le plus dans les analyses qui entendaient poser des vérités sur des auteurs ou sur des genres. Pour moi, il était impossible de poser des vérités sur un art car l’art, à mon sens, ne pouvait que se juger et s’analyser que selon des critères subjectifs. Alors qu’en fait pas vraiment, et M. Bobine le démontre très bien. A partir du moment où on apporte suffisamment d’éléments pour étayer une théorie, il devient juste très difficile, voire impossible de la réfuter. Avec M. Bobine, on ne se risque jamais à avancer un élément sans avoir derrière une démonstration solide pour l’appuyer. Et tout ce qui relève effectivement du subjectif, du goût, Bobine ne le posera jamais comme une vérité démontrable. En fait, il est là le secret pour ne pas être rigide et autoritaire quand on cherche à tendre vers l’objectivité et le factuel. Il suffit juste d’être rigoureux et ne pas faire usage d’affirmation quand on n’a rien de tangible pour aller dans ce sens là.

Paradoxalement, l’épisode qui m’a le plus convaincu des qualités de cette chaîne fut celui qui m’a le moins intéressé. En l’occurrence il s’agit de celui sur « Avatar. » Je ne suis pas très fan du film et je trouve d’ailleurs qu’il n’y a pas grand-chose à dire dessus. Et bien pourtant, alors que je trouvais le cheminement de l’épisode carrément capilotracté, progressivement, la démonstration rigoureuse de M. Bobine a fini par me faire dire : « OK… En fait si cette analyse ne me parle pas ce n’est pas parce que je ne suis pas d’accord avec elle, c’est juste parce que son sujet ne m’intéresse pas. » Or, ça, j’avoue que c’est un sentiment que j’ai souvent retrouvé. Ce n’est pas l’analyse que je trouvais bancale, mais bien le sujet qui me désintéressait…

D’ailleurs, s’il me fallait justifier mon 8/10 qui, en fin de compte, au regard des autres chaines que j’encense est une note relativement basse, j’invoquerais justement pour commencer ce premier élément : le sujet des analyses qui ne m’emballent pas toujours. Et franchement – là encore – difficile d’en faire le reproche à l’ami Bobine. Le gars fait des vidéos sur ce qui lui plait, il fait ses choix en fonction de ça, donc OK. Mais à dire vrai, plus que le sujet, c’est parfois l’angle des analyses qui me pose parfois plus souci. Parce que l’air de rien, ses analyses sont denses et complètes, et autant quand le sujet me branche à fond j’adore ça, autant que ça me branche juste bien mais sans plus, je peux trouver ça lourd. Alors c’est franchement un moindre effort au regard de la qualité du travail accompli, mais quand même…

Quand même parce que, un peu partout sur SensCritique, je ne cesse de crier mon incompréhension sur le manque de popularité de ce mec là. Franchement, en France, à part Karim Debbache et Marty, je vois personne ne leur arriver à la cheville. (Car oui, même si j’aime aussi beaucoup Le Fossoyeur de films, je trouve qu’il n’a pas la même profondeur et pertinence.) Alors pourquoi ce mec perce si peu ? Pourquoi si peu d’abonnés ? Pourquoi si peu de visionnages ? Pourquoi si peu de « tipeurs » ? Eh bien je pense justement que c’est lié à cette lourdeur… ou plutôt devrais-je dire à ce poids. En effet, une analyse de M. Bobine, ça pèse lourd. C’est dense. C’est une analyse somme. Et ça ne parait pas, mais il faut quand même avoir une certaine disponibilité intellectuelle pour se manger un épisode. D’abord il faut du temps, et puis surtout il ne faut pas être trop crevé. Parce que l’air de rien, les moments de respiration n’existent pas. C’est de l’analyse brute. Et pour moi elle est là toute la différence avec un Karim Debbache par exemple. Karim Debbache parvient à faire de l’analyse dense mais légère. Est-ce que cela veut donc dire que j’invite l’ami Bobine à faire des calembours comme peu le faire le grand Karim afin de rendre ses épisodes plus légers ? Eh bien pourtant non, pas du tout.

A dire vrai, je pense que le modèle à suivre pour M. Bobine ce n’est pas Karim Debbache ou bien encore le Fossoyeur de films. Je pense que son modèle il est au contraire à trouver de l’autre côté de l’Atlantique, du côté du « Nerdwriter ». Nerdwriter est un youtubeur américain de grand talent capable de fournir des analyses remarquables de qualité, et qui plus est sur des œuvres diverses et variées. Et alors que ses vidéos ne sont qu’en anglais – langue que je ne manipule qu’imparfaitement – j’y prends beaucoup plus de plaisir que face à une vidéo – pourtant très bonne – de M. Bobine. Pourquoi ? Je pense que ça tient justement au fait que Nerdwriter a un sens de la synthèse que Bobine n’a pas. Quand Nerdwriter décide de parler d’ « Akira », il en parle au travers de la seule question de la lumière ; lumière à partir de laquelle il va pourtant parvenir à dire beaucoup de choses sur l’œuvre dans son entièreté. Quand il parle de « Ghost In The Shell », celui d’Oshii comme celui de Sanders, il n’en parle qu’au travers de la seule ville. Un angle d’attaque et pas plus. Il n’y a pas de volonté de faire une analyse complète et exhaustive, chose dont Bobine a l’air d’avoir du mal à s’empêcher. Nerdwriter ne fait pas de blague ou de gag. Nerdwriter ne fait d’ailleurs pas d’habillage et se passe souvent de face-cam. Les uniques ingrédients de ses épisodes sont souvent sa seule voix et des extraits vidéo de l’œuvre traitée. Rien de plus. Rien de moins. La forme est dépouillée à l’essentiel. Ne reste ainsi plus qu’un propos direct et une illustration efficace. La perfection CQFD.

D’ailleurs, face aux vidéos de M. Bobine, je m’interroge souvent. Pourquoi consacrer une moitié d’écran à son personnage simpliste et mal animé ? Pourquoi cette voix légèrement déformée ? Ne serait-il pas plus efficace de faire plus simple et plus direct, y compris dans la forme ? Alors après je me dis que derrière tout cela il y a peut-être des contraintes liées au bot Youtube. En déformant l’image de l’œuvre traitée et en la reléguant dans un coin de l’écran, peut-être cela permet-il à la vidéo de résister aux assauts des ayants-droits. Idem pour la voix. Peut-être faut-il juste y voir un désir d’anonymat là où tous les autres bébés Durendal ne pensent qu’à s’afficher de la première à la dernière seconde de leur vidéo. Si ce sont là les raisons qui expliquent ces éléments, je pourrais les comprendre. Néanmoins il n’empêche que je trouve ces choix dommageables car ils ne permettent pas aux épisodes du « Ciné club de M. Bobine » d’atteindre leur plein rendement.

Mais bon, l’un dans l’autre, qu’on ne s’y trompe pas malgré tout. Bien que perfectibles, les critiques de l’ami Bobine sont quand même beaucoup trop riches et pertinentes pour qu’on s’en prive. Je peux comprendre que cela puisse rebuter l’amateur du dimanche, mais par contre, pour le cinéphile « no limit » c’est juste un régal. Ainsi, j’espère que certains d’entre vous, en me lisant, sauront se risquer davantage vers ce critique injustement méconnu du Youtube français. Car pour le coup, l’ami Bobine est bien un vrai critique de cinéma. Un pur et dur. Pas quelqu’un qui donne juste son avis. Et ça, c’est beaucoup trop rare pour être boudé…