Les Derniers Jours d'une ville - Film (2017)
Les Derniers Jours d'une ville - Film (2017)

Film de Tamer El Said Drame 1 h 58 min 28 juin 2017

Dans la splendeur en déclin du centre ville du Caire, Khalid, un réalisateur de 35 ans, tente de capturer dans son film le souffle de la ville, tandis qu’autour de lui rêves et immeubles tombent en poussière. Avec l’aide de ses amis qui filment leur vie et lui envoient leurs vidéos de Beyrouth, Bagdad et Berlin, il trouve la force de faire face à la dureté et la beauté de vivre les derniers jours de la ville.

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Comment aborder l'Histoire, au cinéma, lorsque celle-ci est en train de se jouer ? Pour tenter de répondre à cette question, certains vont s'engager dans la voie du documentaire, filmant au plus près du réel afin d'effectuer une retranscription que l'on espère fidèle. D'autres, par contre, vont opter pour l'œuvre purement fictive, laissant transparaître leur propre subjectivité à travers leur choix de mise en scène notamment. En ce sens, il est intéressant de voir comment deux cinéastes, Tarik Saleh et Tamer El Saïd, vont aborder de manière totalement différente un même événement, à savoir la chute de Moubarak. Tandis que le premier utilise la révolution comme un procédé scénaristique, plaçant en toile de fond ses effets, le second prend le parti de ne pas la montrer et tente plutôt sa subtile évocation poétique. Avec Les Derniers Jours d'une ville, Tamer El Saïd tente ainsi la gageure de prendre le pouls du temps, d'une ville et de son histoire, en essayant de nous faire ressentir l'indicible, une fièvre, une émotion, une torpeur, une impression confuse d'assister à la fin de quelque chose, à la fin de son monde.

Pour juger une œuvre, il est évident que le spectateur n'a pas à connaître ses secrets de fabrication ou les intentions du cinéaste. Néanmoins, ici, en s'intéressant à sa genèse, on comprend facilement ses réussites et ses échecs. Dès 2006, avant le printemps arabe, Tamer El Saïd filme et intellectualise son œuvre pratiquement au jour le jour. C'est seulement après la chute de Moubarak qu'il tente de donner du sens à ce qu'il a filmé, à travers le montage et en y incorporant le son. Il en résulte une œuvre singulière exprimant à merveille cette impression de malaise sourd, de dissonance cognitive, presque, qui entraîne tout un peuple entre inquiétude et égarement, instant sous tension et temps en suspension. Seulement, l'amalgame entre les saynètes n'est pas toujours réussi et le film prend vite la forme d'une étrange mosaïque, d'un puzzle aux pièces s'articulant parfois difficilement entre elles.

La bonne idée, pour retranscrire au mieux cet état de malaise, est de mêler l'intime au collectif, faisant porter sur un individu le ressenti du plus grand nombre. C'est une démarche qui a déjà fait ses preuves, utilisée notamment par Fellini et Kiarostami en leur temps. Tamer El Saïd tente la même prouesse en prenant le parti de l'autofiction, en se mettant en scène à travers le personnage central, Khalid, un cinéaste dont les difficultés professionnelles (comment monter un film avec toutes les séquences tournées) vont faire écho aussi bien à ses difficultés personnelles (comment mener une vie avec toutes ses épreuves qui s'accumulent) qu'à celles de tout un peuple.

Grâce à ce dispositif de mise en abyme, explicitant finement la difficulté de faire une œuvre, Tamer El Saïd place la notion de perception au cœur de son film. Ce qui est assez malin, reconnaissons-le, car la perception que l'on va avoir de la ville sera évolutive, mouvante, suivant le cheminement créatif de Khalid : en cherchant la cohérence parmi les différentes séquences tournées, Khalid va interroger une mémoire qui sera aussi bien individuelle que collective, évoquant en creux le portrait du Caire. Ainsi, à l'instar du Miroir de Tarkovski, Les Derniers Jours d'une ville se détourne d'une narration classique pour épouser les méandres de la mémoire, excitant notre perception du monde à travers la beauté de ses images, l'esthétisme de ses plans-séquences, ses mouvements de caméra, ses cadrages, ses silences ou ses sonorités. D'ailleurs les sources sonores sont diverses et variées, et elles relèvent d'une importance capitale : au fur et à mesure que les séquences s'enchaînent, radios et postes de télévision crachent inlassablement un flot d'informations dans lequel un nom revient constamment, celui de Hosni Moubarak. Subtilement, Tamer El Saïd nous fait alors percevoir un monde au bord de la rupture, étouffé par un pouvoir politique omniprésent. De la même manière, l'impression d'un temps fuyant sera finement suggérée par le visuel choisi : la caméra qui suit les déambulations au cœur de la ville, le défilement inexorable du paysage urbain (ruelles, trottoirs, immeubles...), ou encore l'emploi de longues focales (scènes de rue, cafés) vont venir perturber notre rapport au temps. La réalité, qui était celle du Caire de Moubarak, est en train de s'effondrer comme nous l'indique la destruction programmée des vieux bâtiments. Habilement, Tamer El Saïd nous fait percevoir le caractère irrévocable du processus en lui faisant correspondre le drame intime vécu par son personnage central. C'est sans doute là où le film se fait le plus émouvant, en focalisant son attention sur le délitement de l'existence de Khalid : le départ de l'être aimée, la disparition d'une sœur, ou encore l'agonie d'une mère, vont illustrer avec force le désarroi qui submerge tout un peuple. Même si cela peut paraître facile, les recherches infructueuses, menées par Khalid, pour trouver un nouvel appartement vont symboliser l'impossibilité de vivre dorénavant dans ce pays, dans cette société...

La réussite du film serait totale s'il n'avait pas tendance à vouloir tout aborder et tout dire. Le va et vient entre l'intime et le collectif, le refus d'une narration classique, donnent au film un aspect un peu flou, bancale, qui peine à exploiter pleinement le potentiel dramatique de son sujet. Cette notion de requiem, exaltée de façon insistante par le titre, ne se perçoit qu'épisodiquement et nous laisse un peu sur notre faim. Mais surtout, Tamer El Saïd se montre trop explicite en incorporant dans son récit des passages inutilement explicatifs, comme ces discussions entre amis qui tournent à la philosophie de comptoir. C'est d'autant plus regrettable que notre homme tutoie l'excellence par la seule force de ses images, en filmant la place Tahrir de hauteur comme pour faire émerger une tension patente, en symbolisant la désagrégation ambiante par du sucre plongé dans de l'eau, en prolongeant les angoisses sourdes de tout un peuple par un regard caméra lourd de sens.