Le Secret de la chambre noire - Film (2017)
Le Secret de la chambre noire - Film (2017)

Film de Kiyoshi Kurosawa Fantastique et drame 2 h 11 min 8 mars 2017

Stéphane, ancien photographe de mode, vit seul avec sa fille qu'il retient auprès de lui dans leur propriété de banlieue. Chaque jour, elle devient son modèle pour de longues séances de pause devant l'objectif, chaque fois plus éprouvantes. Quand Jean, un nouvel assistant novice, pénètre dans cet univers obscur et dangereux, il réalise peu à peu qu'il va devoir sauver Marie de cette emprise toxique.

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Film Le Secret de la chambre noire torrent



Faisant directement référence au procédé de prise de vue photographique mis au point (il fallait que je la fasse) par Louis-Jacques Mandé-Daguerre en 1840, Kiyoshi Kurosawa place d’emblée la barre haute pour le spectateur; et pour mon Kurodépucelawage par la même occasion.

Depuis le temps qu’on me parlait de lui comme d’une pointure, j’ai compris pourquoi avec le Secret de la Chambre Noire. Si le titre Français est plus fin et plus évocateur que son pendant Anglophone car il fait référence à la camera obscura, (le boitier de prise de vue qui permet de fixer l’image positive sur la plaque d’argent) il permet surtout de juger de la finesse qui se dégage de l’oeuvre. On sent en effet une recherche permanente du ressenti par les dialogues et l'ambiance, la technique combinant à la fois une rare élégance et une sobriété qui confine à l’obsession pour en accentuer les effets. La caméra étant presque exclusivement fixe, le spectateur peut à loisir observer les détails de la scène, l’expression des personnages ou le jeu des perspectives rendu possible par des profondeurs de champs particulièrement travaillées et plutôt inattendues. Les déplacements des personnages se terminent ou commencent d’ailleurs souvent par des contre-champs ou des actions positionnées en arrière-plan, centrées entre des éléments de décors symétriques ou éclatés volontairement sur tout le cadre de l'image. Car oui, on parle bien d'image DANS le film. L’effet est bien entendu un clin d’oeil au Daguerréotype, et plus particulièrement aux compositions très recherchées de Jean-Baptiste-Louis Gros. (Jetez un oeil au Pont et bateaux sur la Tamise par exemple) Cette méticulosité est appliquée également aux dialogues, épurés et volontairement peu enjoués, pour permettre au spectateur de mieux s’imprégner dans l’ambiance. Impossible là encore de ne pas faire le parallèle avec le courant littéraire Romantique, qui place la dragée haute au ressenti des personnages et qui s’éteignit lentement vers 1850. Dès lors que l’on dispose d’un minimum de culture littéraire et / ou photographique, on ne peut donc que s’immerger avec délice dans cette superbe histoire. Pour résumer, on découvre un photographe en deuil de son épouse, Denise; sombrant lentement dans la dépression. Stéphane, c’est son nom, tente de prolonger sa mémoire en délaissant les photos de mode qui ont fait son succès pour ne plus se concentrer que sur le projet débuté avec sa femme disparue, en embarquant du coup sa fille et son assistant avec lui… Les compositions utilisant le fameux procédé Daguerre, il va lui falloir repousser toujours plus loin les limites techniques et artistiques pour arriver à ses fins. Car le procédé est long, exigeant, mais permet de capter une image par essence épurée de toute fioriture. Les fameux clichés sont ainsi étonnamment froids mais expressifs, et si Kurosawa prend un gros raccourci avec les temps de poses très longs caractéristiques des débuts de la pratique, il transcende par contre le côté mystique du procédé et réussi ainsi un véritable coup de maître en intégrant parfaitement plusieurs degrés de lecture à sa trame, pour la plupart dans le non dit. Chapeau bas. Balzac attribuait par exemple un côté « magique » plutôt inquiétant à la technique de Daguerre, et son fameux portrait (main sur le coeur et regard en biais pour ne surtout pas fixer l’objectif) en est le parfait reflet. Rappelons aussi qu’à l’époque, le meilleur moyen de fixer une personne sur un support consistait à peindre ou à sculpter. Tout le génie du film tient donc aussi dans la ligne subtile séparant la folie des apparitions au sens fantastique du terme. Les spectateur est donc de fait toujours en train d’osciller, de douter, tout en se délectant de l’incroyable mise en scène de Kurosawa.

Alors bien sur la lenteur des scènes combinées à la longueur du film, (2h10 quand même) au jeu de certains acteurs franchement médiocre, mais également aux pré-requis impératifs pour s’immerger totalement dans l’histoire et au peu d’action déconcertent méchamment. On peut bien entendu apprécier le film sans tout cela, mais le revoir après s’être un peu documenté me parait une bonne chose... Et ne garanti quand même pas de passer complètement passer à côté. Nos voisins directs ont par exemple pris pour cher pendant la projection, car l’ensemble de ces éléments n’est définitivement accessible qu’à un public averti, pour ne pas dire de niche. C’est ce qui me rend particulièrement difficile la recommandation du film, car si on peut apprécier un film de genre pour énormément de raisons, l’apprécier quasiment uniquement pour la composition de ses plans ou pour son aspect contemplatif est loin d’être évident pout tout le monde. Mais si vous rentrez dans cette catégorie... Je vous garanti des étoiles plein les yeux.