Ce soir ou jamais - Émission TV (2006)
Ce soir ou jamais - Émission TV (2006)

Émission TV de Frédéric Taddeï 7 saisons (en cours) France 2 1 h 50 min 25 septembre 2006

L'émission aborde, sous forme de discussions entre invités, des sujets culturels, mais engage également des débats sur l'actualité.

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Ce soir ou jamais, cette émission tant louée par les défenseurs de la liberté d’expression, du débat et du « monde des idées ». Cet univers formidable où l’on se retrouve entre bonnes gens ayant tous un point de vue à défendre et des livres à vendre. Cette émission qui incarnerait l’exception à la règle de la télé-poubelle. A la télé, rien de bien, sauf Ce soir ou jamais. Ironie suprême des louanges : cette émission incarne mieux que n’importe quelle autre l’idée de spectacle.

Taddéï aime s’enorgueillir des spécificités de son plateau. A CSOJ, on n’applaudit pas, on n’est pas chez Arthur. A CSOJ, l’animateur n’interrompt pas ses invités, il les laisse s’exprimer pleinement. Une cour, dix détenus, et aucun maton : la liberté. Ce que certains libertaires oublient parfois, c’est qu’en l’absence du flic, l’autorité et la violence ne s’évaporent pas comme par magie. Elles sont parfois décuplées par le groupe, via une assourdissante guerre de tous contre tous. L’illustration est parfaite chez Taddéï, où les égos de chacun s’entrechoquent pour donner à entendre un brouhaha des plus déplaisants. Oui, Frédéric, tu n’interromps pas tes invités, pas parce que ton plateau respire la sagesse, mais simplement parce que tes invités s’en chargent très bien tout seuls !

Huit personnes discutant pendant vingt minutes d’un sujet autour d’une table, sans règles de conduite ni de parole, cela ne donne rien d’intelligent, quand bien même ces messieurs se réclament des plus hautes baronnies de la pensée : philosophes, universitaires, essayistes... J’ai fait une expérience intéressante un jour : j’ai compté le nombre d’interruptions de parole dans une émission de Ruquier (On n'est pas couché) et chez CSOJ – oui, j’ai des idées bizarres, parfois. Eh bien figurez-vous qu’il est plus facile d’exprimer sa pensée sur toute sa longueur chez l’obsédé-décérébré de la contrepèterie que sur le plateau feutré et jazzy de l’élégant Taddéï. Car le point commun qui unit la plupart de ceux que l’on voit chez Taddéï, ce n’est pas d’aimer apprendre, mais de vouloir faire triompher sa petite idée brevetée, d’être le seigneur des joutes verbales. Pour être un bon client, chez Taddéï, il faut savoir pitcher sa thèse en deux minutes, avec charisme et autorité pour éviter de se faire vite reprendre la parole. Il faut être un maitre-sophiste, interrompre son adversaire, le harceler, ridiculiser et simplifier ses propositions sans même s’être assuré d’avoir bien compris - ne jamais demander des précisions et poser des questions aux vendeurs de livres concurrents, cela vous placerait dans le rôle de l’élève. CSOJ, c’est un concours de sophistes, c’est à celui qui aura la plus grosse, la plus belle formule vexatoire, pour pourfendre l’adversaire d’une cinglante interruption. L’orgueil et l’inélégance sont rois.

Rajoutez à cela des plateaux confondants de toutologie. Vraiment, c’est intéressant de savoir ce que cet acteur de cinéma de vingt ans pense du conflit israélo-palestinien ? C’est lumineux, de faire réagir un comique sur le taux de croissance chinois ? Et n’allez pas croire que tout se vaut, ce serait encore trop beau. Taddéï, comme tous les culturo-mondains télévisuels, pense que les « artistes » (pas ceux qui se produisent au bout de la rue, ceux dont le nom s’inscrit sur des produits en vente à la FNAC) ont toujours des choses intéressantes à nous dire. Ca ne l’embête pas de faire parler géopolitique à une gamine des beaux quartiers qui s’exerce au théâtre, mais ça ne lui viendrait pas à l’idée d’inviter des ploucs tout aussi incompétents qu’elle pour parler des mêmes sujets : des pâtissiers, des mécaniciens, des paysans, pourquoi pas ? Restons entre héritiers de la capitale pour gloser par-dessus notre ignorance. D’ailleurs, le programme du jour donnera à tous, spécialiste ou pas, l’occasion de disserter en toute insuffisance. L’économiste, convoqué pour parler de la crise, pourra bien déployer sa magnifique voilure le temps d’un chapitre, il sera ensuite interrogé sur le sujet suivant, de l’art contemporain, et se vautrera lui aussi dans des banalités avec un air rassis.

Il parait que Taddéï utilise mieux nos impôts que ses confrères de la télévision publique, en ayant le courage d’inviter sur ses plateaux des « dissidents ». Sur des sujets d’actualité, Taddéï laisse pérorer d’affreux libéraux et même des marxistes ! Mais qu’importent les idées dans le tumulte ! Dans ces conditions, chaque téléspectateur repartira comme il est venu : avec ses certitudes et ses opinions. Pour ébranler les croyances, le travail est fastidieux, il nécessite de longues démonstrations et des séries d’exemple. On n’atteint jamais la réflexion et la remise en question en faisant s’apostropher les contradicteurs. Ce que l’on obtient, dans pareille configuration, c’est plutôt un combat de boxe, avec crépitements de flashs à chaque uppercut.

Bien sûr, un débat constructif et intelligent est possible. Mais les conditions sont drastiques : deux opposants, un temps de parole très long et minuté, interdiction formelle de s’interrompre. Cela nous donne une juxtaposition de discours où les effets de manches et autres arguments fallacieux sont difficiles à exploiter, où chaque point logique est débattu en longueur. Concrètement, cela nous donne, par exemple, le débat entre Richard Dawkins et Dr. John Lennox autour de la question de l’existence de dieu (1). Ah ! Mais tout de suite, c’est pas très spectaculaire, c’est même très chiant ! Mais la culture est à ce prix. C’est difficile à admettre, dans une société toute pétrie du culte du divertissement et du plaisir, mais pour progresser dans les idées, pour réfléchir, il faut prendre du temps, beaucoup de temps, et parfois même s’ennuyer. Ou alors on ne travaille pas les idées, on regarde un spectacle d’idées. Et dans ce cas, on l’admet et l’on s’abstient de cracher son mépris au visage de celui qui s’affale, rigolard, devant "Les anges de la téléréalité".

(1) The God Delusion Debate : http://youtu.be/Domm1mvTEh0